Couscous est un terme qui a un double sens. En effet,
il désigne aussi bien la graine que le plat national de certains
pays d'Afrique du Nord.
Le plat national est composé de semoule cuite à la
vapeur qui sert d'accompagnement à un bouillon contenant
divers légumes cultivés dans le bassin méditerranéen,
des épices et de la viande, essentiellement de l'agneau ou
du mouton.
Quant au second sens du terme couscous, la graine, il s'agit d'un
mélange de semoule de blé et de farine aspergée
d'eau froide salée, puis pressé et roulé.
Aujourd'hui, le couscous sous toutes ses formes est connu et diffusé
partout dans le monde. Il est cuisiné à toutes les
sauces, d'autant de façons différentes qu'il existe
de pays et de régions.
Néanmoins, la base du couscous reste cette graine obtenue
à partir de la semoule. C'est pourquoi, l'histoire du couscous
est indissociable de l'histoire de la céréale la plus
cultivée au monde : le blé.
Culture
du blé en Afrique du Nord
Les céréales telles que l'engrain, l'amidonnier ou
l'orge sont cultivées depuis environ 10 000 ans dans la région
du Moyen Orient. Progressivement, de nouvelles variétés
de céréales plus facile à travailler et plus
productive apparaissent, améliorant la qualité du
blé. Toutefois, c'est à la période gréco-romaine
que l'on note la substitution de ces anciennes variétés,
(l'amidonnier par exemple) par des blés tendres et froments,
améliorées par l'invention gauloise de la levure de
bière, donnant ainsi à ces céréales
plus de légèreté.
Sous
l'Empire Romain, le blé est essentiellement cultivé
dans les colonies d'Afrique du Nord, du Proche Orient et en Sicile.
Ces régions font office de greniers nourriciers. En effet,
elles exportent leur production de blé dans tout l'Empire
par de longs circuits commerciaux.
Le blé dur réussit bien dans les zones chaudes et
sèches. De plus, la culture du blé contrairement à
celle du riz, ne demande pas d'aménagement spécial
du champ ni un trop lourd travail d'entretien.
Malgré les péripéties de la chute de l'Empire
et des invasions qui ont suivies, la majorité de ces pays
ont constamment gardé une vocation céréalière.
Le
blé dur est la variété produite durant des
siècles dans le bassin méditerranéen. Il est
appelé " blé d'hiver" car il est semé
en automne pour profiter au maximum de l'humidité hivernale.
Il s'agit d'un blé dont le taux de protéine est plus
élevé que le blé tendre, riche en gluten, il
est destiné à la fabrication de pâtes alimentaires
alors que le blé tendre est celui qu'on transforme en pain.
Ainsi, à partir de l'Antiquité Gréco-romaine,
le blé devient la base de l'alimentation des populations
vivant autour de la Méditerranéen.
Naissance du couscous
La semoule, bien connue dans les pays du Maghreb
avant la conquête arabe, ne l'est pas par les conquérants
du Moyen Orient. Lors de l'islamisation de l'Afrique du Nord, ils
découvrent et adoptent la semoule, (semid, en arabe). Ensuite,
ils mettent au point une sorte de bouillon de légumes dont
la semoule sert d'accompagnement. Ils appellent la semoule : "
keskes ", terme issu de l'arabe koskossou, signifiant poudre.
Ainsi est né le couscous au VIIème siècle,
qui par glissement possède un double sens et désigne
aussi bien la semoule que le plat complet.
En fait, c'est après cuisson à la vapeur
que la semoule prend le terme de couscous. Cependant, on arrive
pas encore à déterminer la date concernant la cuisson
à la vapeur de la semoule pour les pays du Maghreb, dont
cette forme de cuisson est spécifique à cette région.
Il semble que ce soit deux ou trois siècles après
la conquête de l'islam. A l'origine, les populations utilisaient
comme second récipient pour cuire la graine à la vapeur,
soit une passoire de terre cuite perforée, soit un panier
de vannerie nommé " l'alfa ".
Aujourd'hui, il est impensable pour une famille du Maghreb de ne
pas posséder une couscoussière chez soi. Par ailleurs,
en Occident, le couscous est fabriqué de façon industrielle
pourtant pour certains pays d'Afrique, manger cette graine non artisanale
est un sacrilège. La plupart des femmes du Maghreb, et parfois
même celles qui ont émigrées en Occident, préparent
encore le couscous à l'ancienne selon un dosage bien précis
de semoule fine et de semoule épaisse ainsi que de l'eau
et de la farine.
Kabyle
cuisant son couscous, Gravure 19eme siècle,
Musée des arts décoratifs, Paris
Du blé à la semoule
Lorsque il est écrasé, le blé
dur devient semoule. En latin, "similia" (semoule) signifie
fleur de farine.
Le concassage des grains de blé est réalisée
de différentes manières selon les régions d'Afrique.
Dans le nord, ils utilisent encore jusqu'à nos jours, une
pierre ronde sur une auge ou une surface ronde. En Afrique noire,
le grain est pilé avec un lourd bâton dans un grand
récipient très profond.
Les grains sont ensuite torréfiés sur des pierres
brûlantes permettant la disparition de toutes les parties
indigestes.
Avant de connaître les ustensiles de cuisson, la semoule était
mangée soit telle quelle, soit écrasé dans
de l'eau.
Femme
berbère préparant la graine
Musée des arts décoratifs, Paris
Diffusion du couscous et ses variantes
Progressivement, le couscous a été
diffusé dans toute l'Afrique puis dans monde entier. Dans
chaque région, on utilise un grain adapté à
la terre et au climat. En Afrique noire, on cuisine le couscous
avec du mil ou du millet, sur les hauts plateaux du Sahara avec
de l'orge et au Moyen Orient avec le boulgour.
La semoule utilisée pour faire le couscous sert également
à la fabrication du pain, de gâteaux et de pâtes
alimentaire. Le couscous peut être mangé de façon
classique avec le bouillon de légumes mais aussi froid, au
petit déjeuner. En dessert, on rajoute du sucre, des dattes
ou des raisins secs, il peut également être accompagné
de lait. Enfin, il peut se déguster sous forme de salade,
il devient alors le taboulé.
Ces différentes formes de plats de couscous ne sont pas exhaustives,
il faudrait plus d'un écran pour citer les variantes existantes.
En tout cas bon appétit et bon couscous !!!
Bibliographie :
Couscous, Maguelonne-Toussaint-Samat, Casterman 1994
Le livre du couscous, Hal Fatéma, Stock 2000
Encyclopaedia Universalis, Le blé, 1997